EloÏse Decazes apparaît, disparaît, se condense sur les vitres ou donne sa chair à mordre. Elle chante sirène privée d'eau, pythie épuisée, amoureuse, balançoire bousillée. Sa voix n'a pas d'âge ou alors elle a des siècles. Peut-être seulement quelques minutes toujours recommencées. Sing Sing joue de la guitare comme son pouls le lui ordonne. Cabossé, délicat et rugueux, toujours au bord joyeux de l'effondrement. On y entend comme des réminiscences de vieux blues rural, de folk mis cul par dessus tête, d'Afrique Noire et de baroque privé d'habits. Un accord de jazz ou de bossa s'y égare ici et là et quelques harmonies pop montées sur un ressort cassé finissent de brouiller les pistes. Son chant grave et mal élevé fait drôle quand il se cogne aux sopranos éthérés de l'Eloïse sus-citée. Un étonnement. Une joie. Leurs chansons mystérieuses, elliptiques, curieusement incarnées pourtant, parlent d'amour à reculons et inventent solennellement des catastrophes presque comiques, dans un français aussi osseux qu'imagé, répétitif et affolé. Arlt vient d’enregistrer un premier album en compagnie du guitariste Mocke (Holden) et s’apprête à partir au printemps 2009 maltraiter son répertoire sur les planches américaines.
Crédits photos : Franck Loriou
