Débarqué sans crier gare en 2004, le premier album éponyme de Bertrand Belin fût une surprise de taille. Guitariste inventif et gourmand, ayant fait ses classes chez des têtes brûlées comme The Sons Of The Désert ou Jasmine Bande, parolier classieux et crooner impeccable, vanté ça et là pour cette élégance distraite que certains n'hésitèrent pas à qualifier de dandysme ou de charme extra-terrestre, Bertrand Belin s'imposa rapidement comme une découverte séduisante et déconcertante. Un réformateur de la chanson, un inclassable, un décomplexé... Qualités confirmées par son nouvel album, énigmatiquement baptisé La Perdue et tout ouvert de perspectives inédites. Avec cette ferveur nonchalante qu'on lui connaît, et confondant de sensualité, Belin chante comme autant d'aubades, sa poésie curieuse, paradoxalement moderne, mélange excitant de vocabulaire joyeusement suranné et de syntaxe chahutée, d'allitérations lascives et de ponctuation dingue. Lyrisme assumé, ellipses tendres. Chez lui, le son fait sens et vice-versa. Ses chansons, pleines d'humour métaphysique, de romantisme et d'inquiétante étrangeté en font l'un des auteurs les plus originaux du coin. La ligne claire de ses mélodies demeure intacte, même secouée par des arrangements plus excentriques les uns que les autres. Les orchestrations sont amples, fougueuses et toujours menées d'une main toute légère. Les guitares sont fureteuses, transversales, la section rythmique groove comme pas deux, le piano rêve tout haut, cordes et vents, vigoureux, acculent les chansons à tous les vertiges. Adepte du mélange naturel des genres, Bertrand Belin brouille la frontière entre musiques savantes et populaires : c'est rare et c'est beau. On y entend du folk, de la pop et de la musique contemporaine, une bossa cubiste, et un ou deux slows tout à fait verticaux.