Fantazio, le nomade urbain qui parle, écrit, aspire, glousse, grogne et sussure espagnol, anglais, français, italien et chinois assure sa formation sur la ligne 6 du métro, écume les salles parisiennes, européennes, les chapiteaux de cirques, les théâtres, les cabarets, les prairies... et y défend l'improvisation humaine. De cette histoire riche, Fantazio a rassemblé un groupe de bricoleurs ingénieux : Stéphane Danielides au soubassophone, Frank Williams à la guitare, Pierre Chaumie au saxophone baryton, Denis Schuler à la batterie, Benjamin Colin aux bruits et sons et Fantazio à la contrebasse et au chant. Au style improbable, ce groupe synthétise des influences les plus contradictoires, des sonorités des plus étranges, essentiellement des instruments basses ou sons du ventre : soubassophone, saxophone baryton, contrebasse, auxquels viennent s'ajouter les sons d'objets : sifflets, chaîne en fer, chaise en métal, jouets... dont seul le bruiteur a le secret musical.
Avec CINQ MILLE ANS DE DANSE CRUE ET DE GRANDS PAS CHASSÉS (nov 2009), le sextet twiste gaiement dans l'air du temps, et raconte l'indicible, la séparation grandissante entre les êtres voulue par la grosse vieille machine molle, qui hurle la désolation de notre temps et le refus de celle-ci. Fantazio aurait été un peu plus gentil, il partagerait l'affiche des grands festivals avec Sensemilia et nous on pourrait s'acheter de chouettes tee-shirts. À une époque ou il est de bon ton de pondre une musique savamment métissée, vêtu de guenilles bien repassées, Fantazio n'en fait qu'à sa tête. Dans ses concerts c'est le bordel, ça grouille ça vit, les gens suent, rigolent ensemble et deviennent amis. Mais des amis, c'est dangereux, ça discute et ensuite ça veut habiter ensemble les grands déserts sans bancs éclairés au néon. Fantazio fabrique des amis, on se demande ce qu'attendent les brigades antiterroristes.
Photo © Hélène Bozzi.
Illu © POPAY